Mezanmi, laissez Grann vous dire une chose que la vie m'a apprise sous la tonnelle, quand le soir tombe et que les voisins arrivent, un à un, avec leur chaise et leur fatigue.
Le rire, ce n'est pas un luxe. C'est un travail que le corps fait pour lui-même.
Vous avez déjà remarqué ? Une personne entre dans la cour, le dos courbé, le front lourd. Quelqu'un lance une bêtise — une vieille histoire, un souvenir d'enfance, une taquinerie qu'on se fait depuis quarante ans. Et voilà que le rire monte. D'abord un petit, timide. Puis un grand, celui qui secoue les épaules. Et quand la personne se relève pour rentrer chez elle, son dos est un peu moins courbé. Son front respire.
Ce n'est pas magique. C'est humain. Le rire partagé dénoue ce que la solitude avait serré trop fort.
Dans le lakou, on savait cela sans le nommer. On s'asseyait ensemble. On mangeait ensemble. On se moquait gentiment les uns des autres. Et celui qui portait un chagrin trop lourd n'était jamais laissé seul avec lui. La communauté ne prenait pas la douleur — elle faisait juste de la place à côté, pour que la personne puisse la poser un moment.
Aujourd'hui, beaucoup de nos enfants sont loin. Le lakou s'est étiré jusqu'à Miami, jusqu'à Montréal, jusqu'à Paris. Mais le rire, lui, il voyage. Un appel vidéo avec Manman, une vieille chanson qu'on chante ensemble au téléphone, une photo qui fait remonter un souvenir — ça compte. Ça tient chaud.
Alors Grann vous dit ceci ce soir : ne laissez pas passer les occasions de rire avec ceux que vous aimez. Appelez la vieille tante. Écoutez l'oncle raconter la même histoire pour la centième fois. Riez avec elle, riez avec lui. Vous leur offrez quelque chose que personne d'autre ne peut leur donner.
Et prenez soin de vous — avec les vôtres, avec votre communauté, et avec votre médecin quand le corps demande cette attention-là. Le rire accompagne. Il ne remplace rien. Mais il rend le chemin plus doux à marcher.
Grann vous embrasse.