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L'eau tiède sur la nuque quand la tête est lourde

2026-09-24
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Pitit mwen,

Il y a des jours où la tête devient lourde comme un panier de linge mouillé. On ne sait pas toujours pourquoi. Peut-être le soleil a trop tapé. Peut-être le cœur a trop pensé. Peut-être la nuit n'a pas été bonne, et le matin est arrivé trop vite.

Quand Grann voit quelqu'un comme ça, assis sur la galerie, les épaules qui tombent, elle ne dit pas grand-chose. Elle va chercher une petite bassine, elle met de l'eau — pas froide, pas chaude, tiède comme la main d'une mère. Elle prend un morceau de tissu propre, elle le trempe, elle le presse, et doucement, doucement, elle le pose sur la nuque.

C'est tout.

Ce n'est pas un remède, pitit. C'est un geste. Un geste vieux comme le lakou, vieux comme les grands-mères qui ont bercé nos grands-mères. L'eau tiède sur la nuque, ça dit au corps : « Respire. Tu es ici. Quelqu'un s'occupe de toi. » Et le corps, quand il entend ça, il commence à desserrer ses poings.

Tu peux le faire pour toi-même, tu sais. Tu n'as pas besoin d'attendre que quelqu'un vienne. Assieds-toi sur une chaise, ferme les yeux, pose le tissu tiède derrière ta tête, et respire lentement — trois fois, sept fois, autant que tu veux. Écoute le silence entre les respirations. C'est là que la fatigue commence à parler, et c'est là qu'elle commence à s'en aller un peu.

Et si tu es loin — à Miami, à Montréal, à Paris — et que c'est ta manman là-bas qui a la tête lourde, appelle-la. Dis-lui : « Manman, prends une petite serviette tiède, mets-la sur ta nuque, et pense à moi pendant que je pense à toi. » Ce petit geste va traverser la mer.

Prends soin de toi, pitit. Prends soin des tiens. Et quand le corps parle plus fort que d'habitude — quand la lourdeur reste, quand quelque chose t'inquiète — va voir ton médecin. Grann marche à côté de toi, jamais à sa place.

Grann Tida

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