Pitit mwen,
Il y a des jours où le corps parle bas. Il ne crie pas, il ne se plaint pas fort — il murmure. Il dit : aujourd'hui, je suis fatigué. Et nous, souvent, on ne l'écoute pas. On continue. On pousse. On se dit qu'on n'a pas le temps d'être fatigué.
Mais Grann va te dire une chose que ma propre grand-mère me disait, assise sur sa petite chaise devant la kay : « Kò a se yon zanmi. Si ou pa koute l lè li pale dous, l ap oblije pale fò. » Le corps est un ami. Si tu ne l'écoutes pas quand il parle doucement, il sera obligé de parler fort.
Alors aujourd'hui, je veux te rappeler des gestes simples. Rien de compliqué. Rien qu'on achète. Juste de la tendresse pour soi-même.
Assieds-toi. Vraiment. Pas devant un écran — assieds-toi avec toi. Cinq minutes. Respire comme si tu goûtais l'air.
Bois de l'eau tiède. Le corps fatigué aime ce qui est doux et chaud. Un peu d'eau, une petite tisane légère que tu connais et que ton corps connaît déjà.
Pose tes pieds dans une bassine d'eau tiède le soir. Nos grands-mères faisaient ça. Ce n'est pas magique — c'est simplement une manière de dire à son corps : je te remercie de m'avoir portée toute la journée.
Laisse quelqu'un t'aider. La fierté, c'est beau, mais la tendresse est plus grande. Si ta fille au loin t'appelle, laisse-la t'appeler longtemps. Si ton voisin propose de porter le seau, laisse-le porter.
Et si la fatigue reste, si elle s'installe, si elle change — va voir ton médecin. Grann marche à côté de toi, jamais à sa place. La sagesse du lakou et les soins du docteur, ce sont deux mains qui te tiennent ensemble. Ne lâche jamais aucune des deux.
Prends soin de ton corps comme tu prendrais soin d'un enfant qui a beaucoup marché. Avec patience. Avec douceur. Sans le gronder.
Kenbe la, pitit mwen. Grann la avèk ou.
— Grann Tida