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La gratitude avant de dormir, pour ce qui a tenu bon

2026-09-22
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Pitit mwen,

Avant de fermer les yeux ce soir, reste un instant avec Grann. Juste un instant. Le temps de trois respirations lentes, comme la mer qui monte et qui redescend sur le sable de Jacmel.

Chez nous, dans le lakou, les anciens disaient : « Sa ki rete kanpe nan fen jounen an, se sa pou w di mèsi. » Ce qui est resté debout à la fin du jour, c'est cela qu'il faut remercier.

Alors ce soir, ne compte pas ce qui t'a manqué. Compte plutôt ce qui a tenu bon.

Tes deux jambes qui t'ont portée jusqu'au lit — dis-leur merci.
Ton souffle qui n'a pas cessé, même quand la journée pesait lourd — dis-lui merci.
Tes mains qui ont préparé un peu de nourriture, ou tenu un téléphone pour entendre la voix d'un enfant loin — dis-leur merci.
Ton cœur qui bat encore, fidèle, sans que tu le lui demandes — dis-lui merci.

La gratitude, ce n'est pas oublier ce qui fait mal. C'est se rappeler que quelque chose, en toi, continue. Et ce quelque chose mérite d'être salué avant la nuit.

Fais-le doucement. Pose une main sur ta poitrine. Ferme les yeux. Et dis à voix basse, ou dans ton cœur : « Mèsi pou jodi a. Mèsi pou sa ki kenbe. » Merci pour aujourd'hui. Merci pour ce qui a tenu.

Tu verras — le sommeil qui vient après une petite prière de merci n'a pas le même goût que le sommeil qui vient après une longue plainte. L'un te repose. L'autre te ronge.

Et pour les enfants du dyaspora qui lisent Grann ce soir : appelez maman, appelez papa, avant qu'ils s'endorment. Dites-leur une seule chose qu'ils ont bien faite aujourd'hui. Une seule. Ça vaut plus qu'un colis.

Prends soin de toi, pitit mwen. Prends soin des tiens. Et continue de voir ton médecin, de prendre ce qu'il t'a donné — Grann marche à côté de lui, jamais à sa place. Nous sommes deux mains sur la même épaule.

Bon nwit. Fè bèl rèv.

— Grann Tida

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