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Un bouillon chaud, la maison, et le sentiment d'être tenu

2026-08-28
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Pitit mwen,

Il y a des soirs où le corps est fatigué avant même que la nuit tombe. Des soirs où on ne sait plus très bien nommer ce qui pèse — un peu de tristesse, un peu de froid dans les os, un peu de manque de ceux qui sont loin. Ces soirs-là, Grann n'a pas de grand discours. Grann a un bouillon.

Un bouillon, ce n'est pas rien, tu sais. C'est de l'eau qu'on a laissé prendre le temps. C'est une racine, une feuille, un morceau de giraumon, une pincée de sel, un peu de ce qu'on a. C'est la main qui remue doucement pendant que la marmite chante. Quand tu bois ce bouillon-là, ce n'est pas seulement ton ventre qui se réchauffe — c'est ton dedans qui se souvient qu'il est chez lui.

Chez nous au lakou, on dit : sa k pa touye w, li fè w pi fò, men sa ki chofe w, li fè w viv. Ce qui te réchauffe te fait vivre. Une maison bien tenue, une chaise près de la fenêtre, un drap propre, une lumière basse le soir — ce sont des petits gestes, mais ces petits gestes tiennent une personne debout. Ils disent au corps : tu es en sécurité ici.

Et si tu es loin, toi, la fille ou le fils dans la diaspora, écoute Grann : appelle. Même cinq minutes. Demande ce qu'il y a dans la marmite ce soir. Demande si le voisin est passé. Ta voix, dans le téléphone de ta manman, c'est un autre bouillon — un bouillon pour l'âme.

Le bien-être, ce n'est pas une grande affaire. C'est se sentir tenu. Tenu par une maison, par un plat chaud, par une voix aimée, par les mains d'un médecin qui prend soin de toi quand ton corps a besoin de lui. Tout ça marche ensemble, main dans la main.

Alors ce soir, mange doux. Dors au chaud. Garde tes rendez-vous chez le docteur, prends bien tes remèdes. Et laisse la tradition marcher à côté de toi, comme une vieille amie qui ne te lâche pas la main.

Grann Tida
Onè ak respè.

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