Pitit mwen,
Viens t'asseoir un instant. Grann veut te parler doucement, comme on parle le matin, avant que la journée ne prenne toute la place.
Chez nous, dans le lakou, on savait une chose que le monde d'aujourd'hui oublie parfois : ce sont les petits gestes, répétés chaque jour, qui tiennent une vie debout. Pas les grandes choses. Les petites. Celles qu'on ne remarque même plus.
Se laver les mains, par exemple.
Quand j'étais jeune, ma mère me disait : « Lave men w anvan ou manje, lave men w lè ou soti deyò, lave men w lè ou pran ti moun nan bra w. » Ce n'était pas seulement pour la propreté. C'était une manière de dire au corps : je m'occupe de toi. C'était une manière de poser la journée, de laisser ce qui doit rester dehors, dehors.
L'eau qui coule sur les mains, c'est déjà un soin. C'est déjà une prière sans paroles.
Et puis il y a les autres petits rituels. Le thé chaud du matin qu'on boit sans se presser. La fenêtre qu'on ouvre pour laisser entrer l'air neuf. Le moment où l'on s'assoit sur la galerie et où l'on respire — juste respirer — avant de repartir. Le bain tiède du soir qui enlève la fatigue de la peau. La main d'une sœur, d'une fille, d'une voisine, posée sur l'épaule pour dire : ou pa pou kont ou.
Ces gestes-là ne remplacent rien. Ils accompagnent. Ils protègent la journée comme une petite clôture autour d'un jardin. Et quand le corps a besoin du médecin, le médecin reste le médecin — Grann marche à côté, elle ne prend pas sa place. On garde ses rendez-vous, on prend ses médicaments comme il faut, et par-dessus, on ajoute la tendresse des petits rituels.
Alors ce soir, pitit mwen, avant de dormir, lave-toi les mains lentement. Bois un peu d'eau. Respire. Pense à quelqu'un que tu aimes, et envoie-lui un mot.
Prends soin de toi. Avec les tiens. Et avec ton médecin, chaque fois qu'il le faut.
Grann Tida