Pitit mwen,
Il y a des journées qui pèsent lourd sur les épaules. On rentre chez soi, on pose son sac, et on s'aperçoit qu'on a oublié quelque chose en chemin : on a oublié de respirer.
Grann te le dit doucement : la respiration, c'est la première caresse que le corps se fait à lui-même. Avant le thé, avant le bain, avant même la prière — il y a le souffle. Et quand la journée a été trop pleine, le souffle devient court, comme un oiseau qui n'ose plus ouvrir ses ailes.
Alors voici ce que faisaient les vieux au lakou, quand le soir tombait et que le corps demandait grâce.
On s'asseyait. Pas sur une chaise raide — sur une natte, sur une marche, sur la terre si on pouvait. On posait les deux mains sur le ventre, comme on pose la main sur un enfant qui a peur. Et on respirait lentement. On comptait quatre temps pour faire entrer l'air, on le gardait un moment comme un secret, puis on le laissait sortir en six temps, tout doucement, comme on souffle sur une bougie sans vouloir l'éteindre.
Trois fois. Cinq fois. Dix fois s'il le fallait.
Grann ne te promet pas que tes soucis vont s'envoler. Grann te dit seulement ceci : ton corps t'écoute. Quand tu ralentis ton souffle, tu lui murmures « je suis là, je ne t'abandonne pas ». Et le corps, lui, se souvient de comment se reposer.
Si tu peux, ajoute un peu de silence. Une fenêtre ouverte. Une tisane tiède entre tes mains. Le parfum d'une feuille que tu aimes. Ce sont de petites choses — mais les petites choses, mises bout à bout, tissent une journée plus douce.
Et souviens-toi, pitit : prendre soin de soi, ce n'est pas se sauver toute seule. C'est respirer avec ceux qu'on aime. C'est appeler sa mère, sa sœur, son ami. Et quand le corps ou le cœur pèse trop lourd, c'est aussi aller voir son médecin — parce que la sagesse du lakou et le savoir du docteur, ce sont deux mains qui te tiennent, pas une main contre l'autre.
Respire, pitit. Grann respire avec toi.
— Grann Tida