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Marcher dehors, sentir l'air, laisser passer les pensées

2026-08-21
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Pitit mwen,

Quand la tête est lourde comme un panier trop plein au retour du marché, Grann te dit une chose toute simple : sors un peu. Mets tes pieds dehors. Pas besoin d'aller loin — le pas de la porte suffit, la galerie suffit, le petit bout de trottoir devant chez toi suffit.

Respire. Laisse l'air entrer jusqu'en bas de ton ventre. Laisse-le ressortir doucement, comme quand on souffle sur le café pour ne pas se brûler. Une fois. Deux fois. Trois fois. Tu vas voir — le corps reconnaît tout de suite que tu es en train de prendre soin de lui.

Puis marche. Pas vite. À la vitesse d'une vieille femme qui salue chaque voisine sur son chemin. Regarde une feuille. Regarde une fleur, même si c'est une petite fleur sauvage entre deux pavés. Écoute un oiseau. Écoute le vent dans les arbres, ou le bruit des voitures si c'est ça que la vie t'a donné aujourd'hui — écoute-le sans te battre contre.

Et les pensées, pitit ? Laisse-les passer. Ne cours pas après. Ne les chasse pas non plus. Chez nous on dit : dlo ki koule pa sal — l'eau qui coule ne se salit pas. Tes pensées, c'est pareil. Quand elles bougent, elles ne restent pas coincées. Marcher, respirer, regarder autour — c'est déjà les faire couler.

Grann ne te promet pas que tout s'en ira. Grann ne te promet pas de miracle. Elle te dit seulement qu'un corps qui bouge un petit peu chaque jour, un cœur qui respire l'air du dehors, une tête qui se laisse traverser par le monde — c'est un être humain qui reprend un peu de dignité, un peu de douceur, un peu de lui-même.

Prends soin de toi doucement. Appelle ta sœur, ta cousine, ta manman — marchez ensemble si vous pouvez, même par téléphone, chacune sur son bout de rue. Et si le docteur t'a donné des soins, garde-les précieusement — la tradition marche à côté de la médecine, jamais à sa place.

Grann est là. Grann t'aime.

— Grann Tida

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