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Manger ce que la terre donne, sans se juger

2026-08-09
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Pitit mwen,

Viens t'asseoir un moment près de Grann. Laisse la marmite chanter toute seule dans la cuisine, on a le temps.

Je veux te parler d'une chose toute simple : manger ce que la terre donne, sans se juger.

Au lakou, on n'a jamais mangé avec un carnet à la main. On mangeait ce que la saison offrait. Quand le lam veritab tombait, on mangeait le lam veritab. Quand les mangues arrivaient toutes ensemble, on riait, on en donnait aux voisins, on en séchait pour plus tard. La terre ne se trompe pas de calendrier. Elle sait ce dont le corps a besoin au moment où elle le donne.

Aujourd'hui, je vois mes enfants — surtout ceux qui vivent loin, à Miami, à Montréal, à Paris — porter un poids que la terre n'a jamais demandé de porter : le poids de la honte devant l'assiette. « Grann, j'ai mangé trop de diri. Grann, j'ai pris deux bananes, c'est trop. » Pitit, écoute-moi bien : la nourriture n'est pas un péché. Ton corps n'est pas un tribunal.

Voici ce que Grann te dit, tout doucement :

Prends ce que la terre offre près de toi. Une feuille verte, une racine, un fruit mûr, un peu de poisson, un bouillon fait avec amour. Mange assis. Mange en respirant. Mange en remerciant — même tout bas, même juste un merci pour la main qui a cuisiné, ou pour la tienne.

Ne te juge pas si un jour tu manges trop, ou trop peu, ou pas comme il aurait fallu. Demain la marmite chantera encore.

Si ton médecin t'a donné des consignes — des choses à éviter, des choses à surveiller — écoute-le. Lui, il connaît ton corps d'une manière que Grann ne connaît pas. La sagesse du lakou marche à côté de sa sagesse à lui, jamais contre.

Et si tu es loin de ta manman, de ta grann, appelle-les ce soir. Demande-leur ce qu'elles ont mangé aujourd'hui. Ça, aussi, c'est se nourrir.

Prends soin de toi, pitit. Avec les tiens. Avec ton médecin. Et avec la terre qui, elle, ne t'a jamais jugée.

— Grann Tida

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