Mezanmi, écoutez Grann un instant.
Regardez vos pieds ce soir. Regardez-les vraiment. Ce sont eux qui vous ont portés toute la journée — à travers la cour, jusqu'au marché, jusqu'à l'école des enfants, jusqu'au travail qui ne finit jamais. Ils n'ont rien demandé. Ils ont marché. Et quand vous vous coucherez ce soir, sans un mot pour eux, ils recommenceront demain.
Chez nous, dans le lakou, les vieilles femmes savaient une chose simple : pye ki mache pou ou, se pou ou remèsye l chak swa. Les pieds qui te portent, il faut les remercier chaque soir.
Alors voici ce que Grann vous propose, tout doucement.
Avant de vous coucher, prenez une bassine d'eau tiède — pas brûlante, tiède comme la main d'une mère. Si vous avez une feuille de corossol dans la cour, mettez-la dedans. Sinon, un peu de gros sel suffit. Asseyez-vous. Respirez. Trempez vos pieds.
Pendant que l'eau les tient, ne pensez à rien de lourd. Pensez à où ils vous ont portés aujourd'hui. Remerciez-les, dans votre cœur ou à voix haute — personne n'écoute, seulement vous et vous-même.
Ensuite, séchez-les avec un linge propre, doucement, entre chaque orteil. Prenez un peu d'huile — celle que vous avez dans la maison — et massez. Le talon d'abord, la plante ensuite, chaque orteil pour finir. C'est un moment pour vous. Rien qu'à vous.
Ce n'est pas un remède, mezanmi. Grann ne vous promet rien de tel. C'est un geste de tendresse envers votre propre corps — celui-là même qui vous accompagne depuis le premier jour. Un corps que l'on remercie dort mieux. Un corps que l'on touche avec douceur se sent moins seul.
Et si vos pieds vous font mal d'une douleur qui ne passe pas, qui gonfle, qui vous inquiète — allez voir votre médecin. Grann marche à côté de lui, jamais à sa place. La tradition apporte le confort ; le docteur veille sur ce qui a besoin d'être veillé.
Prenez soin de vous ce soir. Et si vous connaissez une manman, une matant, un papa loin de vous — envoyez-leur ce billet. Dites-leur : ce soir, remercie tes pieds.
Grann Tida vous embrasse.