Pitit mwen,
Regarde un instant tes mains. Vraiment. Pose-les à plat devant toi, paumes vers le ciel.
Ces mains-là ont porté combien de bassines d'eau ? Combien de linges à tordre, combien de riz à trier, combien de fronts d'enfants à essuyer ? Combien de fois elles ont ouvert une porte, tenu un téléphone contre l'oreille pour entendre la voix d'un parent au loin, signé un papier, compté une monnaie qui manquait ?
Nos mains, elles ne se plaignent pas. Elles travaillent. Et un soir, elles deviennent lourdes, les doigts se raidissent, la paume tire. On dit « c'est la fatigue », et on continue. Mais Grann te le dit doucement : men ki travay merite yo repoze. Les mains qui travaillent méritent qu'on les repose.
Voici ce que je faisais dans le lakou, le soir, quand la journée était longue :
Je faisais chauffer un peu d'eau — pas brûlante, tiède comme le soleil du matin. J'y ajoutais une pincée de gros sel. Je trempais mes mains dedans, le temps de dire deux prières. L'eau tiède, elle sait parler aux articulations mieux que les mots.
Ensuite, une goutte d'huile — huile de palma christi, huile d'olive, ce que la maison donne. Je massais chaque doigt, un par un, de la base jusqu'au bout, en tirant doucement. Puis la paume, en petits ronds avec le pouce. Puis le dessus de la main. Puis le poignet.
Ce n'est pas un remède, pitit. C'est une tendresse. C'est un moment où tu dis à ton corps : mèsi, ou travay di jodi a. Merci, tu as bien travaillé aujourd'hui.
Et si tes mains te font mal souvent, si elles gonflent, si elles perdent leur force — ne reste pas seule avec ça. Va voir ton docteur, garde bien les soins qu'il te donne. La tradition marche à côté du médecin, jamais à sa place. L'un soigne, l'autre console. Les deux t'aiment.
Ce soir, avant de dormir, prends deux minutes pour tes mains. Et si tu as une maman loin, appelle-la, dis-lui de faire pareil. Le lakou, c'est aussi ça — se souvenir les uns des autres.
Grann Tida