Pitit mwen,
Regarde un instant les mains de ta manman. Les mains de ta grann. Les tiennes aussi, peut-être, si tu lis ceci le soir après une longue journée.
Ces mains-là ont porté des bassines d'eau. Elles ont lavé, épluché, tressé, bercé, écrit, tapé sur des claviers, compté de la monnaie, essuyé des larmes qui n'étaient pas les leurs. Elles ont travaillé pour tout le monde — et souvent, personne ne les a remerciées.
Alors ce soir, Grann te demande une chose toute simple : remercie-les.
Fais chauffer un peu d'eau — pas bouillante, juste tiède comme le soleil de quatre heures. Ajoute une pincée de gros sel si tu en as. Trempe tes mains dedans. Ferme les yeux. Respire. Laisse-les se souvenir qu'elles ne sont pas seulement des outils — elles sont à toi.
Ensuite, prends un peu d'huile — ce que tu as chez toi, huile d'olive, huile de coco, huile maskreti si grann-manman t'en a laissé un flacon. Réchauffe une goutte entre tes paumes. Et masse.
Commence par le pouce, doucement. Puis chaque doigt, un par un, comme on égrène un chapelet. Descends dans la paume, en petits cercles. Remonte jusqu'au poignet. Ne te presse pas. Ce n'est pas un travail de plus — c'est un moment de tendresse que tu te donnes à toi-même.
Si tu es loin de ta manman, appelle-la après. Dis-lui : Manman, fè menm bagay la aswè a. Pran swen men w yo. Elle rira peut-être. Mais elle le fera. Et quelque part, entre Miami et Jacmel, entre Montréal et Okap, deux paires de mains se reposeront en même temps.
Ce petit geste ne remplace rien, pitit mwen. Si un docteur te suit, continue à le voir. Si on t'a donné des médicaments, prends-les. Grann marche à côté de ton docteur, jamais à sa place.
Mais entre deux rendez-vous, entre deux journées trop longues, souviens-toi : la tendresse aussi, c'est un soin. Et tes mains ont bien mérité qu'on s'occupe d'elles.
Kenbe fèm. Grann renmen w.
— Grann Tida