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Le silence du soir, un espace pour se retrouver

2026-09-18
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Pitit mwen,

Quand le soleil descend derrière les mornes et que la lumière devient douce comme le lait tiède, il se passe quelque chose dans le lakou. Les voix baissent. Le vent change. Les poules rentrent d'elles-mêmes. C'est l'heure que les anciens appelaient lè kè a poze — l'heure où le cœur se dépose.

Dans nos maisons, on n'a pas toujours appris à s'arrêter. On court après la journée, on court après les enfants, on court après les nouvelles de ceux qui sont loin. Et le soir arrive, et on court encore. Grann te dit : laisse tomber la course. Assieds-toi. Même dix minutes. Sur la galerie, sur le pas de la porte, sur une chaise devant la fenêtre si tu vis dans un pays froid où la galerie n'existe pas.

Voici ce que Grann fait, le soir, depuis toujours :

Elle éteint ce qui fait du bruit. Le téléphone attend. Le monde attend.
Elle allume une petite lumière — une bougie, une lampe basse — parce que la lumière douce parle à l'âme autrement que la lumière blanche.
Elle prend une tisane tiède, celle que sa mère lui préparait — feuilles de citronnelle, un peu de menthe, ce que le jardin donne.
Elle respire. Trois fois, lentement. Elle pose les épaules. Elle laisse la journée glisser.
Et parfois, elle parle à voix basse à ceux qui ne sont plus là, ou à ceux qui sont loin. Ce n'est pas de la tristesse. C'est de la présence.

Ce petit rendez-vous avec toi-même, ce n'est pas un luxe, pitit. C'est une manière de te dire : je compte, moi aussi. Le corps entend ça. Le cœur entend ça.

Prends soin de toi ce soir. Prends soin de ceux qui vivent sous ton toit, et de ceux qui vivent loin — un appel, un message, une prière suffit. Et si ton corps te parle fort, si quelque chose t'inquiète, va voir ton médecin, écoute-le, garde ses soins. Grann marche à côté de toi, jamais à sa place.

Bon silence du soir, pitit mwen. Kè poze.

— Grann Tida

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