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Le repos comme un acte de dignité, pas une paresse

2026-08-06
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Pitit mwen,

Viens t'asseoir un moment. Grann a quelque chose à te dire, et c'est important.

On t'a appris, quelque part en chemin, que se reposer c'était être paresseux. Que si tu t'arrêtais, tu valais moins. Que la fatigue, il fallait la cacher comme une honte. Moi, Grann Tida, je te dis aujourd'hui : ce n'est pas vrai. Ça n'a jamais été vrai.

Dans le lakou, quand la vieille manman s'asseyait sous le manguier au milieu de la journée, personne ne disait qu'elle était paresseuse. On disait : manman ap pran souf li. Elle prend son souffle. Parce que le souffle, ça se reprend. Ce n'est pas un luxe, c'est une nécessité, comme boire de l'eau, comme respirer.

Ton corps, pitit, ce n'est pas une machine. C'est un jardin. Et un jardin, ça a besoin de nuit autant que de jour. La terre qui ne se repose jamais ne donne plus rien — même la terre la plus riche s'épuise si on la travaille sans arrêt. Toi non plus tu n'es pas fait pour courir sans t'arrêter. Personne ne l'est.

Se reposer, c'est se dire à soi-même : mwen merite. Je mérite ce moment. Je mérite cette tasse de thé chaud, cette main sur mon front, ce silence, ce bain tiède le soir avant de dormir. Ce n'est pas une récompense qu'il faut gagner. C'est un droit que tu as parce que tu es vivant.

Et si quelqu'un dans ta famille est fatigué — ta manman, ton papa, ta grande sœur là-bas au loin — dis-leur ça de la part de Grann : reposer son corps, ce n'est pas abandonner. C'est honorer la vie qu'on porte.

Alors ce soir, pitit, éteins un peu le bruit. Assieds-toi. Respire. Bois quelque chose de chaud. Appelle quelqu'un que tu aimes, ou laisse-toi appeler. Et si ton médecin t'a donné des conseils, des soins, un traitement — continue de les suivre, ça aussi c'est prendre soin de toi.

Le repos, c'est de la dignité. Prends-en, sans culpabilité.

Grann Tida t'embrasse.

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