Pitit mwen,
Écoute Grann deux minutes ce matin. Je te parle doucement, parce que la journée, elle, ne te parlera pas doucement.
Chez nous, au lakou, le jour ne commence pas quand le pied touche par terre. Il commence quand le coq chante la première fois, et on l'écoute. Puis la deuxième fois, et on respire. À la troisième, alors seulement on se lève. Trois respirations avant trois pas. C'est comme ça que les anciens faisaient, et ils avaient raison — parce que le corps humain n'est pas une machine qu'on démarre au bouton.
Regarde comment tu te réveilles, toi, aujourd'hui. Le téléphone sonne, tu attrapes le téléphone. Le message clignote, tu réponds au message. Tu n'as pas encore dit bonjour à ton propre corps, et déjà tu cours pour les autres. Grann te dit : ce n'est pas une bonne façon d'entrer dans une journée. Une maison, on y entre par la porte, pas par la fenêtre.
Voilà ce que je te propose, tout simplement. Avant de te lever :
Reste couché encore un instant. Sens tes pieds, sens tes mains, sens ton ventre qui monte et descend. Dis merci — à qui tu veux, à Bondye, à la nuit qui t'a gardé, à ta mère qui t'a mis au monde. Puis assieds-toi au bord du lit. Bois un verre d'eau tiède, tranquille. Regarde la lumière par la fenêtre avant de regarder l'écran.
C'est tout. Ça prend cinq minutes. Cinq minutes que la journée ne te volera pas, parce que tu les auras prises avant elle.
Dlo pa monte mòn san souf — l'eau ne monte pas la colline sans reprendre son souffle. Toi non plus, pitit.
Prends soin de toi doucement. Prends soin des tiens doucement. Et si ton corps te parle plus fort qu'un matin lent ne peut apaiser, va voir ton médecin — Grann marche à côté de lui, jamais devant.
Je t'embrasse,
Grann Tida