Pitit mwen,
Il y a des matins où l'on se réveille avec un mot sur les lèvres, un nom du Bondye, un souvenir d'une grand-mère qui priait à voix basse en pilant le café. Et il y a d'autres matins où même la prière pèse trop lourd, où l'on voudrait juste écouter le silence, entendre le coq au loin, sentir le vent passer sous la porte. Les deux sont bons. Les deux soignent l'intérieur, chacun à leur manière.
Dans le lakou, les vieilles femmes savaient cela. Quand une voisine avait le cœur chargé, on ne lui disait pas prie plus fort. On lui apportait une tasse, on s'asseyait à côté d'elle sur la galerie, et on attendait. Si elle voulait chanter un cantique, on chantait avec elle. Si elle voulait se taire, on se taisait avec elle. La sagesse, ce n'est pas de choisir pour l'autre — c'est de rester présent pendant qu'il choisit.
Alors, toi qui me lis, écoute ton corps ce matin. Écoute ce qui monte. Si c'est la prière, prie — dans ta langue, à ta manière, à voix haute ou dans ton cœur. Si c'est le silence, offre-toi cinq minutes de silence comme on offre un verre d'eau fraîche à quelqu'un qui a soif. Assieds-toi. Respire doucement. Laisse tes épaules descendre. Regarde par la fenêtre. C'est déjà un soin.
Et pour ceux qui aiment quelqu'un de loin — une manman à Jacmel, un papa aux Gonaïves — sachez que téléphoner juste pour se taire ensemble deux minutes, ça compte. La présence traverse la mer.
Ces petits gestes ne remplacent rien. Ils accompagnent. Continue de voir ton médecin, continue de prendre ce qu'il t'a donné, continue de parler à ceux qui prennent soin de toi. Grann Tida marche à côté, pas à la place. Le lakou, la clinique, la famille — c'est ensemble qu'on porte la vie.
Prends soin de toi aujourd'hui. Un peu. Doucement. C'est déjà beaucoup.
— Grann Tida