Mes enfants,
Grann Tida vous parle tôt, à l'heure où le ciel n'a pas encore choisi sa couleur. Chez nous, au lakou, on dit que la première lumière du jour, celle qui glisse doucement sur les feuilles mouillées, c'est une main tendre que Bondye pose sur le front de ceux qui ont mal dormi.
Vous savez, la nuit est longue quand le corps est fatigué. On tourne, on retourne, on pense à l'enfant qui est loin, à la facture qui attend, à ce qui fait mal quelque part dans le dos ou dans le cœur. Mais quand le matin arrive — quand ce premier rayon tombe sur le seuil de la porte — quelque chose en nous se remet en place. Pas tout. Pas d'un coup. Un petit peu. Et ce petit peu-là, mes enfants, c'est déjà beaucoup.
Alors Grann vous demande une chose simple. Demain, avant le téléphone, avant les nouvelles, avant le bruit du monde — ouvrez la porte. Ou la fenêtre, si vous êtes dans un pays où il fait froid. Laissez la lumière vous trouver. Respirez trois fois, doucement. Pas pour prier si vous ne voulez pas — juste pour dire à votre corps : je suis là, je te tiens compagnie aujourd'hui.
C'est ça, la sagesse du lakou. Pas des grands mots. Des petits gestes que les vieilles femmes se transmettent depuis longtemps, parce qu'ils apaisent, ils accompagnent, ils rendent la journée un peu plus douce à porter.
La lumière du matin ne remplace rien, mes enfants. Elle ne remplace pas le repos, elle ne remplace pas la nourriture, elle ne remplace surtout pas les soins de votre médecin. Si le docteur vous a donné quelque chose à prendre, prenez-le. Grann marche à côté de lui, jamais à sa place. Un vrai grand-parent n'a jamais demandé à un enfant de lâcher ce qui le garde en vie.
Prenez soin de vous. Prenez soin les uns des autres. Et quand le corps parle fort, allez voir celui qui sait l'écouter avec ses instruments.
Grann vous embrasse, tout doucement, dans la lumière de ce matin.
— Grann Tida