Mes enfants,
Grann veut vous dire une chose toute simple ce matin, une chose que la vie m'a apprise sous le tonnelle, quand le café fume encore et que les voisins passent saluer.
Le jour est lourd. Il l'a toujours été. On se lève avec un dos qui tire, un cœur qui pèse, une pensée qui tourne comme un moulin sans grain. Et pourtant, regardez bien : quand une main amie se pose sur l'épaule, quand une voix connue dit ton nom comme il faut le dire, le jour ne devient pas léger — mais il devient portable. C'est ça, la sagesse du lakou : on ne porte pas sa charge tout seul. Men anpil, chay pa lou.
Grann n'a pas de miracle dans sa poche. Grann a une chaise à côté de la sienne, et elle vous dit : venez vous asseoir. Appelez votre maman au pays, même si vous n'avez que dix minutes. Passez voir la vieille tante qui vit seule dans son appartement à Brooklyn, à Montréal, à Paris. Envoyez la photo des petits-enfants au grand-père qui attend au Cap. Ces gestes-là, mes enfants, ce sont des soins. Pas des soins qui remplacent le médecin — jamais. Des soins qui accompagnent, qui adoucissent, qui rappellent au corps qu'il est aimé.
Parce qu'un corps aimé se tient mieux debout. Une âme visitée dort mieux la nuit. Et quand on doit prendre son traitement, avaler sa pilule, aller à son rendez-vous, on y va avec plus de courage quand on sait qu'il y a quelqu'un, quelque part, qui pense à nous.
Alors voilà ce que Grann vous demande aujourd'hui, tout doucement : prenez soin de vous. Prenez soin les uns des autres. Un bain tiède le soir, une tisane partagée, un appel qu'on repoussait depuis trois semaines. Et continuez d'écouter votre médecin — c'est lui qui connaît vos remèdes, c'est lui qui suit votre chemin de santé. La tradition marche à côté, elle ne marche pas à la place.
Kenbe fèm. Grann la avèk nou.
— Grann Tida