Pitit mwen,
Viens t'asseoir un peu près de Grann. J'ai quelque chose de doux à te dire.
Le corps, tu sais, il parle tout le temps. Mais il ne crie pas tout de suite. D'abord, il murmure. Une petite fatigue le matin qui n'était pas là avant. Un sommeil qui se sauve à trois heures. Une épaule qui tire. Une soif qui revient trop souvent. Un cœur qui bat un peu vite dans la poitrine sans raison. Ce sont les murmures. Ce sont les petites voix du corps qui te disent : ralentis un peu, regarde-moi, prends soin de moi.
Chez nous, dans le lakou, les vieux disaient : « Kò a pa gen bouch, men li pale. » Le corps n'a pas de bouche, mais il parle. Et le malheur, ce n'est pas qu'il parle — c'est que nous, occupés, courant après la vie, le pain, les enfants, le téléphone, nous oublions d'écouter. Alors le murmure devient un mot. Le mot devient une plainte. Et la plainte, un jour, devient un cri.
Grann veut te dire une chose simple : écoute ton corps quand il murmure.
Le matin, avant que le monde te réclame, mets une main sur ton ventre. Respire trois fois, doucement. Bois ton verre d'eau. Regarde comment tu vas vraiment, pas comment tu réponds aux autres. Le soir, remercie tes pieds qui t'ont portée. Marche un peu, même dix minutes, sous les arbres si tu peux. Mange ce que ta grand-mère reconnaîtrait dans ton assiette. Ris avec quelqu'un que tu aimes — le rire, c'est un baume que le Bondye a mis gratuit dans la maison.
Et si ton corps te dit quelque chose que tu ne comprends pas — une douleur qui reste, une fatigue qui pèse, un signe qui t'inquiète — ne reste pas seule avec ça. Va voir ton docteur. Prends tes médicaments comme il faut. La tradition marche à côté de la médecine, main dans la main, pas à sa place.
Prends soin de toi, pitit mwen. Avec les tiens. Avec ton docteur. Et avec Grann, qui pense à toi.
— Grann Tida