Pitit mwen,
Viens t'asseoir un moment. Grann veut te parler doucement, comme on parle le soir quand la lampe baisse et que la maison respire.
Le sommeil, vois-tu, c'est une prière que le corps fait sans bouger les lèvres. Il ne crie pas quand il en manque — il murmure. Il murmure dans tes épaules qui pèsent, dans ta patience qui s'effrite, dans ce petit brouillard derrière les yeux le matin. Au lakou, les anciens disaient : « Kabann se remèd pòv la, men se richès tout moun. » Le lit est le remède du pauvre, mais c'est la richesse de tous.
Nous vivons dans un temps où l'on porte trop. Le travail, les enfants, le téléphone qui clignote, la famille au pays qu'on appelle tard, la famille au loin qu'on n'appelle jamais assez. Et le sommeil, lui, attend patiemment son tour — souvent en vain.
Grann ne va pas te donner une grande leçon. Juste quelques gestes tendres, à essayer si tu veux :
Le soir, baisse la lumière avant de baisser le corps. Une lampe douce, une bougie, ça prépare l'âme. Bois quelque chose de chaud — une tisane de fèy korosòl, de sitwonèl, de basilic — et respire la vapeur avant même de boire. Pose le téléphone dans une autre pièce si tu peux ; il ne mourra pas de solitude, je te le promets.
Avant de te coucher, passe un peu d'huile tiède sur la plante des pieds. C'est un geste que nos grands-mères faisaient sans savoir pourquoi — mais le corps, lui, savait. Il se sentait accompagné.
Et si le sommeil ne vient pas facilement, ne te fâche pas contre lui. Parle-lui comme à un enfant timide. Dis-lui : « M ap tann ou, mwen la. » Je t'attends, je suis là.
Pitit mwen, prends soin de toi comme tu prendrais soin de quelqu'un que tu aimes. Repose-toi avec les tiens autour, et si la fatigue reste trop lourde, si le sommeil te fuit longtemps, va voir ton médecin — il est de la famille aussi, celle qui veille sur ton corps. Grann marche à côté de lui, jamais à sa place.
Dòmi byen, cheri. Grann t'embrasse.
— Grann Tida