Pitit mwen,
Grann veut te dire une chose toute simple ce matin. Le corps, c'est comme la petite cour derrière la kay : si personne n'y passe, l'herbe monte, la terre durcit, et un jour on ne reconnaît plus le chemin. Mais si tu y marches un peu chaque jour — juste un peu — le sentier reste vivant.
Bouger, ce n'est pas courir. Ce n'est pas se battre avec son corps. Grann n'a jamais vu une manman se lever à l'aube et faire trois tours de lakou en criant sur ses genoux. Non. Elle allume le feu. Elle balaie doucement. Elle porte l'eau. Elle plie, elle se relève, elle respire. Et le soir, le corps a travaillé sans qu'elle s'en rende compte.
Toi aussi, tu peux faire comme ça.
Si tu peux marcher jusqu'au portail et revenir, c'est déjà quelque chose. Si tu peux seulement lever les bras au-dessus de la tête, trois fois, en respirant profond — c'est déjà quelque chose. Si tu es assis(e) et que tu bouges les chevilles en rond, une direction puis l'autre — c'est déjà quelque chose. Grann te le dit : ti pa ti pa, zwazo fè nich li. Petit à petit, l'oiseau fait son nid.
N'écoute pas ceux qui te disent qu'il faut souffrir pour que ça compte. Écoute plutôt ton souffle. Écoute tes genoux. Le corps parle, et il sait ce qu'il peut donner aujourd'hui. Demain sera un autre jour.
Et si tu portes une maladie, si tu prends des médicaments, si un docteur te suit — tu lui demandes, à lui aussi, ce qui est bon pour toi. Grann marche à côté de ton docteur, jamais à sa place. Les deux mains ensemble portent mieux le panier qu'une seule.
Alors aujourd'hui, choisis un tout petit mouvement. Un seul. Fais-le avec tendresse pour toi-même. Et demain, recommence.
Le corps qu'on caresse chaque jour finit par répondre en douceur.
Grann t'embrasse.
— Grann Tida