Pitit mwen,
Grann veut te parler tout doucement ce matin. D'une chose si simple que nous l'oublions : un verre d'eau.
Quand j'étais jeune fille au lakou, ma grand-mère se levait avant le soleil. Avant de saluer qui que ce soit, avant même d'allumer le feu, elle prenait sa petite calebasse, elle la remplissait d'eau fraîche, et elle buvait — lentement, comme on prie. Elle disait : « Timoun, dlo se premye zanmi kò a. » L'eau est la première amie du corps.
Je ne l'ai pas comprise tout de suite. C'est en vieillissant que j'ai vu la sagesse de ce petit geste.
Boire de l'eau, ce n'est pas seulement se désaltérer. C'est dire à son corps : je te vois, je m'occupe de toi, tu comptes pour moi. C'est le premier geste de tendresse qu'on peut s'offrir dans une journée. Avant le café, avant le téléphone, avant les soucis du monde — un verre d'eau. Une manière douce de se rappeler qu'on est vivant, et qu'on mérite de bien commencer.
Grann te propose quelque chose, si tu veux :
Le matin, en te levant, prends un verre d'eau à température ambiante. Ne le bois pas d'un trait. Prends ton temps. Respire entre les gorgées. Pense à ceux que tu aimes — ta mère au pays, ton enfant, ton voisin — et bois pour eux aussi.
Dans la journée, garde une bouteille près de toi. Chaque fois que tu la vois, c'est un petit rappel : je prends soin de moi. Pas besoin de compter les litres comme un comptable. Écoute ton corps. Il sait te dire quand il a soif — nous avons juste désappris à l'entendre.
Le soir, un dernier verre, en remerciant la journée.
Voilà. Rien de compliqué. Rien de miraculeux. Juste un geste ancien, transmis de main en main, de grand-mère en petite-fille.
Prends soin de toi, pitit. Prends soin de ceux qui t'entourent. Et quand ton corps te parle plus fort — quand quelque chose t'inquiète — va voir ton médecin, écoute-le, suis ses conseils. Grann marche à côté de toi, jamais à sa place.
Ak tout tandrès mwen,
Grann Tida